Malgré un classement honnête aux partiels de Janvier ( 202ème sur 460 ) le redoublement était inévitable a mesure que l'année se terminait. L'été approchait, mes 20 ans aussi et la coupe du monde 1998 allait commencer.Nous venions tous d'assister au recital symphonique du 6ème titre de Michael Jordan dans l'appartement de la mère de Sam, endroit qui allait devenir avec ma chambre, les quartiers généraux de notre bande. Quel Shoot !

Décalé par ces finales "nocturnes" , je repris un style de vie plus a l'image des années précédentes, en enchainant les soirées glande avec mon compère de toujours, Fred. Le basket avait été mis entre parenthèses a cause de ces "satanées" études, et c 'est avec grand plaisir que je rejoignis toute la bande aux terrains chaque après midi. Hervé, Fred, Didier, Pat, Sandy et Gilles ; tous eurent du mal a me reconnaitre avec la tignasse de mauvaises herbes qui avait envahie ma tête au cours de l'année mais notre été a tous commencait de la meilleure des façons.
Quelques semaines plus tard, un jour de juillet, en arrivant avec le clan sur la plage de Lacanau-Océan, un groupe de personne attira mon regard. Une silhouette, fine, me semblait familière. Laurent B, originaire de Sainte Eulalie, se tenait là, allongé sur le sable avec un groupe d'amis. Son allure atypique ne m'avait jamais vraiment frappé au lycée, mais en le découvrant a demi nu sur le sable, je ne pu m'empecher de m'attarder sur l'enchevêtrement d'os dont il était constitué. A mesure ou je parcourais le reste de sa bande, positionée en cercle sur la plage, de nulle part, un frisson me parcouru l'échine.
Elle était la. Et je n'y croyais pas. Je l'avais presque oubliée, et j'étais loin de douter que je la reverrais en dehors de la Fac.
La coincidence, frappante, me paru comme un signe a ne pas laisser passer.
Après quelques minutes a la surveiller - pardon la traquer - j'aperçu ses grandes jambes se diriger seules vers les vagues. Ni une ni deux, je partis en chasse de ma proie. A mesure où la "bête" se rapprochait du point d'eau, je savais que cette fois ci, non seulement je n'aurais qu'une cartouche de parole, mais surtout aucune échappatoire, car mon cercle d'amis témoin de la scène ne tolérerait aucun désistement.
J'avoue ne plus trop savoir ce que je lui ai dit, a mesure où, en entre-apercevant le regard noir de la caféteria, je me dirigeais vers elle.
"L'eau est bonne ? " furent, il me semble, mes premiers mots...Peut être, je n'en suis plus sur. Mais je me souviens cependant avoir resorti, comme pour donner plus de contenance a ma traque deguisée, toutes les informations que le traître Pouzoulet avait bien voulu me donner. Lycée, blessure au genou, athlétisme, tout y est passé.
Après cinq bonnes minutes de monologue, en observant son maillot mal taillé a rayures bleues et blanches, ma gorge se dénoua et je lançai:
"Ca te dirait qu'on se revoit en dehors de la Fac? C'est quoi ton numéro ?"
Croyez le ou non, mais elle le donna sans hésitation.
Apparement ça n'était pas dans ses habitudes, mais son écart de conduite avait fait de moi le plus heureux des hommes de 20 ans.
"Au risque de passer pour un Pierre Richard local"
A mesure où je revenais vers mon camp de base, je repetais inlassablement les dix chiffres du bonheur. Et a une époque où vous l'aurez sans doute oublié, peu de personne disposait de télephones portables ( et oui ! ) , j'eu bien du mal a me souvenir de quoique ce soit avec les loufoqueries intempestives que je reçu a mon retour. Je n'en revenais pas, je venais d'obtenir le numéro du domicile de la fille que j'avais convoité toute l'année et en quelques minutes je l'avais oublié. Rassurez vous, au risque de passer pour un Pierre Richard local, je reparti lui demander les numéros de la
loterie de l'amour ( dédicasse aux homies ), et soulagée de voir que je les avais oublié, me redonna le tout, en esperant secrètement que je les oublierai a nouveau ( Mais ça, je ne le saurai que bien plus tard ! )
Cet été 1998, que je peux, avec le recul, considerer comme extraordinaire, semblait a l'époque comme figé dans le temps.
Je l'ai rapidement appelé, je suis rapidement devenu encore plus amoureux.
On passait nos soirées ensemble a écouter nos parcours respectifs et le télephone de nos domiciles était pris en otage par des conversations sans fin. Je sentais apparaitre comme une connivence entre nous, presque un début d'affection.
Au milieu de cet été splendide, c'est un peu l'estomac noué que je parti avec Kevin rejoindre Foulques a Biarritz, dans la maison de ses parents. L'amertume s'estompa rapidement avec nos délires post-pubères journalier.
Un de nos passe-temps favoris était, lors de la traditionelle glace sur le front de mer, de déambuler quatre a quatre, en file indienne, les bras le long du corps, en prétendant être de grand ninjas ( Oui j'avais 20 ans, Kevin 18...). Un autre fait marquant concernait un des frères de Foulques. L'enfant loup comme on l'avait surnommé après qu'il ait littéralement bouffé l'avant bras de son propre frère lors d'une dispute, était un peu asocial a cette époque là. Il passait le plus clair de son temps sous le parasol ou devant la téle a regarder "Sagas", l'émission aristocratique de Stéphane Bern.
"Il fait au moins 100 mètres!"
Ces vacances hautes en couleur atteignèrent leur sommet, quand Kevin et moi assistèrent incrédules, au débat peu orthodoxe entre les parents de notre hôte sur la hauteur d'un mur qui occupait le fond du jardin dans la cour.
"Il fait au moins 100 mètres" dit le père, le plus serieux du monde, sous les rires de sa femme.
Ce n'est qu'après de multiples répetitions -toutes rejetées- que le père explosa de rage en se levant et parti rejoindre son fils et Stéphane Bern, sous l'oeil exterieur estomaqué de deux invités...Des vacances splendides!